The story behind the cover of ''Libération'' with Madonna in 1987

Publié le par madonnafansworld

L'histoire derrière la couverture de "Libération" avec Madonna en 1987.


Y en a qu’une, c’est la une
Livres 04/05/2010 à 00h00
Détournements de titre de film, de livre, de slogan; citation, calembour, formule choc, provoc… De l’art de trouver le ton juste chaque jour. Making of.
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Par FABRICE DROUZY

«Une une? C’est un temps. Un état d’apesanteur, entre 18 heures et 22 heures, où l’on a le sentiment que tout est possible. L’impression d’être embarqué dans la confection d’un objet à la fois très en phase avec le reste du journal mais aussi très différent
Pour cet éditeur, longtemps responsable de la première page, l’exercice est définitivement un moment à part dans la vie du quotidien. La une se monte au «Central», à l’étage réunissant la maquette, la photo, l’édition, le prépresse et la direction de la rédaction. Chaque soir, les pages Evénement bouclées -quand tout se passe bien-, les journalistes concernés viennent tester leur sens du bon mot, de la formule qui marque ou du titre qui claque. «Qu’est ce qu’on veut dire», «comment le résumer?», «le texte et la photo fonctionnent-ils ensemble?» Depuis plus de 9000 numéros, la même alchimie se répète. Un caractère un peu plus gros que d’habitude, une couleur qui vient appuyer l’image, un dessin, une émotion qui se dégage… Et toujours ce souci de surprendre ; d’être là où l’on ne nous attend pas ; tout en sachant que le lendemain, toutes les radios matinales nous attendent pour alimenter leurs chroniques. «On intègre une sorte de grammaire du titre. Il faut gérer le ton, que ce soit plaisant, convaincant, que cela donne envie d’acheter tout en étant immédiatement accessible
Blague Carambar. Détournements de titre de film, de livre, de slogan; citation, calembour, formule choc, provoc… La frontière est souvent mince entre le titre qui va faire mouche, la blague Carambar et le cliché que l’on retrouvera partout. A la mort de Coluche, en 1986, on pouvait parier que la plupart des journaux allaient titrer «Tchao Pantin», en référence au film de Claude Berri, sorti trois ans plus tôt avec l’humoriste en vedette. Libé évite le piège avec un «C’est un mec, y meurt…» devenu culte. Même logique lorsqu’Augusto Pinochet, venu se faire soigner en Grande-Bretagne en 1998, voit son immunité rejetée par la Chambre des Lords, le jour même de 83e anniversaire. Libération ne croit guère à son extradition en Espagne afin d’y être jugé pour génocide, et refuse le titre politique ou moralisateur. La manchette «Happy birthday», accompagnée du visage fermé du vieux dictateur en uniforme, dose avec réussite insolence et humour. «L’URSS présente ses meilleurs vieux», «Tout fout Lacan», «L’odieux du stade» (au lendemain de la bousculade meurtrière au stade de Sheffield en Grande-Bretagne, le 15 avril 1989), «Mururoa, son amour», «Cinq ans ferme» (après la réélection de Chirac en 2002), «Waterbraguette»… Ce cocktail est devenu la marque de fabrique de Libé. «C’est un travail d’ajusteur, poursuit notre éditeur, parfois au signe près. C’est vraiment de la marqueterie
Typographie. Souvent, l’ampleur de l’événement exclut la plaisanterie. Guerre, catastrophe, attentats, mort célèbre… La photo s’impose alors «plein pot» et les mots s’effacent ou se font minimalistes. Ainsi, lors de la chute des Twin towers. «Ce soir-là, nous étions nombreux à chercher un titre de une. Les adjectifs fusaient pour qualifier cette chose inimaginable vue à la télévision, raconte une rédactrice en chef. Et soudain, un éditeur a dit "attendez, on va juste mettre 11 septembre 2001". L’idée nous a semblé inouïe, mais il avait raison, la date qui traverserait l’histoire se suffisait à elle-même. Ce numéro de Libération a reçu le prix de la meilleure une de l’année.» D’autres fois, c’est la typo qui reprend ses lettres de noblesse, supplantant des images prévisibles ou déjà vues. «NON», en énorme et en capitales, au lendemain de l’éviction de Lionel Jospin lors du premier tour de la présidentielle de 2002. «LA GUERRE», le 17 janvier 1991, jour de l’invasion de l’Irak par les forces de l’ONU...
Passons sur les bourdes. Le 15 septembre 1982, sur la foi d’une dépêche de l’AFP, Libération titre «La baraka de Gémayel» pensant que le président libanais est sorti indemne de l’attentat qui lui a en fait coûté la vie. Une vraie scoumoune! Et comme un malheur n’arrive jamais seul, ce même jour, à côté de l’article fautif, un dessin de Soulas ironise sur l’accident de Grace de Monaco survenu deux jours plus tôt. Là encore, le communiqué officiel ne faisait état que de légères blessures… Plus anecdotique, en novembre 1993, une édition annonçant la qualification de la France pour la Coupe du monde de foot aux Etats-Unis a été rattrapée de justesse à l’imprimerie; les pages avaient été envoyées quelques minutes avant la fin du match France-Bulgarie, perdu in extremis par les Bleus.
Pas masochiste. Il arrive enfin qu’un détail ou un regret de dernière minute modifie l’objet patiemment construit. Le soir de la réélection de François Mitterrand, en 1988, la manchette «Bravo l’artiste» s’est transformée en «L’artiste» en deuxième édition. «On s’est dit que le sens y était et qu’il était inutile d’ajouter "bravo"», se souvient un rédacteur. Récemment, lors de la visite de Joey Starr et Kool Shen au journal, «NTM nique Libé» a été remplacé par un «Libé nique NTM», insolent mais pas masochiste.
Et quand on est chanceux, une erreur technique peut même améliorer l’original. En août 1987, Libération annonce le méga concert de Madonna à Sceaux avec une manchette «Mado à pleins Sceaux», accompagnée du visage de la chanteuse en couleur et en gros plan. Le titre saute à l’imprimerie et seule la photo est imprimée. Lumineux! L’événement déjà ultra-médiatisé se passait de titre. «Quelqu’un a eu le flair de dire que c’était mieux comme ça et on n’a pas rectifié le tir», raconte un journaliste.
Aujourd’hui, bon nombre d’anciens jurent que l’effet était voulu au départ. De l’art de réécrire l’histoire des manchettes…

Source: Libération.

From French newspaper "Libération" - May 4, 2010
Du journal français "Libération" - 4 mai 2010

The story behind the cover of ''Libération'' with Madonna in 1987
The story behind the cover of ''Libération'' with Madonna in 1987
The story behind the cover of ''Libération'' with Madonna in 1987
Madonna on cover of "Libération" in 1987.
Madonna en couverture de "Libération" en 1987.

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